Cher public,

À l’EMC, nous espérions revenir vers vous avec quelques bonnes nouvelles, ou au moins des perspectives heureuses… Cela fait presque une année que nous apprenons à vivre avec la COVID. Nos établissements culturels ont été particulièrement impactés et questionnés : la culture a été mise du côté du non-essentiel. Nous ne nous étendrons pas sur le sujet, nous citerons juste Jeanne Laurent (1955) :

« Notre régime doit prendre conscience qu’une démocratie laïque, si elle est fondée sur des valeurs spirituelles, est moralement obligée d’avoir une politique artistique, non pour la gloire de dieu ou du souverain comme sous l’ancien régime, mais pour procurer à la nation des formes de vies spirituelles dont elle a besoin ».  

Depuis mi-mars dernier, nos salles de cinéma et théâtre ont été fermées 6 mois et cela n’est pas terminé. Nous avons pu ouvrir quelques mois et nous avons eu le plaisir de vous retrouver. Nous avons appliqué scrupuleusement des protocoles sanitaires stricts, nous avons même été félicités par nos gouvernants mais ce sont les lieux de culte qui ont eu la permission de rouvrir fin novembre. Cela peut interroger dans un pays qui met en porte-étendard sa laïcité. 

Les musées, les théâtres, les cinémas sont restés portes closes alors qu’on nous abreuvait d’images de centres commerciaux bondés ou d’avions remplis de touristes en partance pour les territoires d’outre-mer.

L’heure n’est pas à la complainte, nous ne pensons plus à la réouverture immédiate, notre nation traverse une crise majeure, le virus est de nouveau très actif sur notre territoire. Nous nous interrogeons juste sur l’équité de traitement et le modèle de société que nos gouvernants souhaitent bâtir.

Pour autant, il ne faut pas oublier notre chance, nous vivons dans un beau pays.

Nous respirons la culture à chaque instant, du petit village à la métropole. Les mailles de ce réseau culturel sont si fines que chacun peut y prendre sa part, et nous tous, artistes, techniciens et animateurs des lieux de l’art, œuvrons sans relâche à en faciliter l’accès. Afin que chacun puisse se construire et qu’ensemble nous fassions société.

Il y a du ressentiment, car nous mesurons notre chance, et rien n’est acquis. Notre plus grand danger s’appelle l’indifférence. Nous ne voulons pas disparaître dans l’indifférence et que notre quotidien ne soit fait que d’errance vague dans des galeries marchandes, comme c’est déjà le lot de millions de gens de par le monde.

A l’EMC, nous préparons avec ferveur votre retour dans nos salles. Dans un prochain écrit, nous vous raconterons tout ce qui se passe dans nos murs en ces temps de fermeture, la vie artistique continue.

Vous êtes constamment dans nos pensées, vous nous manquez et, sans vous, quel est le sens de nos missions ?

Cette nouvelle année, nous retrouverons la lumière. Nous vous souhaitons de tout cœur  la plus belle année possible.

Au plaisir de nous revoir le plus promptement possible

 

 Régis Ferron et toute l’équipe de l’EMC